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Prélude à Kristine
La respiration haletante d'une chaude journée de septembre s'apaisait enfin. Le seuil d'un soir que je ne pourrais oublier venait de s'éclairer, invitant mon pas maladroit, hésitant, vers un chemin de lumière ponctué, ça et là, de quelques fièvres musicales. Une main, douceur indéfinissable, avait sur ma nuque fatiguée posé son léger vertige. Kristine, innocente et subtile, avait à jamais soufflé les rides d'un art désert.
…
Images de Kristine sur fond de jazz, je m'efforcerai, humblement, d'inviter aux harmonies, parfois dangereuses, qui voudra.
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Le Jazz en pages, extrait 1
Des brumes bleutées émaillées de quelques taches d'ambre et d'émeraude, sortit une ombre, lentement dépliée, majestueuse et belle. Penseur au teint d'argile et de bronze mêlés, il souffla dans l'étincelant instrument. On n'entendit rien qu'une perle de rosée glissant de sa joue. Central Park était-il de venu sourd ?
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Le Jazz en pages, extrait 2
 La vaste chambre sommeillait encore dans l'obscurité bleutée du jour naissant ; tout semblait un instant figé, immobile. Je m'interrogeai, le regard arrêté sur la pendulette d'or indiquant huit heures. Allais-je avoir le courage de me rendre à ce rendez-vous sur la 52ème rue ? Un profond soupir sous le léger bruissement de la soie qui ondule redonna vie à ce moment de doute. Je tournai la tête. Allongée sur le grand lit carré, Kristine, drapée de blanc avait pris la silhouette parfaite d'une statue antique, ouvert un instant les yeux. Elle me regardait, tendrement, puis étira le fin dessin de ses lèvres, avant de baisser les paupières. Elle était belle, rassurante, semblant me dire : « Va, je suis avec toi » ! J'ouvris la mallette de mon instrument, vérifiai une dernière fois la petite réserve d'anches, la refermai délicatement. J'observai ma tenue dans le haut miroir qui me renvoyait, floue, l'image d'un coin de lit au bas duquel quelques feuillets des derniers écrits de Kristine s'étalaient, parmi lesquels, sûrement, une esquisse de tête de chat ; c'était toujours ainsi qu'elle finissait une nuit de travail, le stylo plume reposant sur une tablette d'acajou. « Tchao Bello », avait-elle maternellement dû me dire. Je sortis, mes jambes moins lourdes, la douleur épigastrique moins intense, plus qu'une simple chaleur, presque douce.
Amante d'un jour, amie pour toujours, combien tu as raison de murmurer à ma mémoire que le coin de la rue n'est pas sûr, tant les regrets nous y guettent, parfois sous de magiques apparences, tels de jeunes gens à l'étreinte amoureuse se profilant sous les rais des premiers soleils du jour !
L'escalier qui descendait à ce que l'on appelait le Young Boys Club me parut sombre et raide. J'entendais, de plus en plus proches, des volutes pianistiques et des tournis de cymbales, des rires et des voix. Puis une porte s'ouvrit.
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Le Jazz en pages, extrait 3
Oblique et changeant comme l'arc-en-ciel naissant, un voile de chaude lumière caressait le ventre encore un peu rond de Suzy. A côté, dans un petit berceau de fortune, emmailloté d'un linge à fine dentelle blanche, s'agitait en silence cette part d'elle-même qu'elle osait à peine regarder. Une larme descendait sur sa joue satinée. Se pouvait-il que ce petit être qui s'épanouissait au premier soleil ne soit pas vraiment noir comme elle et tous les siens, mais de cette teinte indécise ? Elle se souvenait, la douleur criante de ses entrailles revenant en spasmes, de ce qu'il avait décidé d'une voix calme mais autoritaire, lui, l'homme aux mains brutales et calleuses, à la chevelure jaune, au front presque toujours enfiévré… Il s'appellera Léon. Un sanglot, profond, la secouait maintenant. Le maître l'avait dit !
Dehors, au delà des baraques peintes d'un bleu qui tremblait de poussière au moindre vent, les boules blanches ondulaient sous la brise des récoltes...
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Le Jazz en pages, autres extraits...
La lumière ondoyait sur le marais, une sauterelle jouait un blues. … Le vide était bleu, des arabesques de nacre dactyle traversaient la sphère du silence.
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Un souvenir de l'errance new yorkaise porte aujourd'hui encore un goût à la fois amer et voluptueux. Kristine m'avait dit avoir rencontré Bird au détour de je ne sais quelle nuit d'égarement, et qu'elle m'inviterait à aller au plus tôt l'écouter… Lorsque Lui, le Bird, s'avança pour prendre son solo sur les accords d'Embraceable You, la sphère presque aveuglante du projecteur rendit encore plus brillant, comme émerveillé devant les jeux scintillants de la mer, le regard d'enfant de l'artiste. De souffrance et de plaisir mêlés, se fondant à l'éclat de l'instrument, on eût dit qu'il brûlait. Ostensiblement, je me tournai vers Kristine. Elle était en cet instant immuable de pâleur et de beauté, la brillance d'une larme descendait inexorablement de son regard amour fixant la flamboyance. Je compris alors qu'un grand oiseau blanc, virevoltant, traverserait bientôt un ciel d'orage, nous invitant à l'indicible éternité d'une étoile.
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